Les enfants de Saturne
Détails
| Engravers: | Sadeler, Jan I (1550-1600) |
| After the work of drawer: | Vos, Maarten de (1532-1603) |
| Place of production/school: | Anvers, Belgique |
| Collectors'marks: | Recto, en bas, au centre : L. 205 ; verso, en bas, à gauche : L. 699 et L. 2228a |
| Production date: | 1585 16th century Modern times (1492-1789) |
| Original object location: | Musée Wittert |
| Collection: | Wittert Project |
| Technique: | Gravure au burin |
| Plate dimensions: | 244 x 256 mm |
| Square line dimensions: | 235 x 246 mm |
| Watermark: | Couronne à diadème agrémentée de trèfles et de perles, surmontée d’une croix latine, elle-même coiffée d’un trait étoilé. Proche de Briquet n°4969. |
| Figured Subjects: | Saturne; Planètes; Enfants des planètes; Sorcières |
| Inscriptions: | - En haut, au centre : SATVRNVS
- En bas, au centre : Ioan. Sadler Scalp. et excud. / M. De Vos figuravit. - Dans la marge inférieure, à gauche : REGIONES / Boscua, Bulgaria, Graecia, Il / lyris, India, Macedonia, Thracia. / CIVITATES / Byzantium, Crois, Oxonia, / Philippi, Sophia. - Dans la marge inférieure, au centre, en deux colonnes : Falciger ignivomis per celsa draconibus astra / Vectus, ad imbriferi Capricorni sidera tendens, / Cui ferus obliqua subsedit Aquarius urna ; / Possidet expositum quidquid sub sole cadente est : / Submersamque Helicen, Russos, Bavarosque, Getasque, / Oxoniam, Augustam, et Macedum campestria rura. / Hic artes studiumque trahet, terraeque, fodinas, / Materiemque manu certa duplicarier arte. - Dans la marge inférieure, à droite : REGIONES / Arabia deserta, Dania, Oxiana, Petrea, / Ruscia, Sarmatia, Sogdiana, Tartaria. / CIVITATES / Aphrodisium, Erupa, Lydia, / Pesaurum, Petra, Utica. |
| Series: | Planetarum effectus et eorum in signis zodiaci (Les sept planètes) |
| Musée Wittert: | Barcode/Inventory no.: 32950 |
| Part of: | Public domain |
| Permalink: | https://hdl.handle.net/2268.1/15390 |
Scientific presentation
La série des enfants des planètes d’après Maarten de Vos fut gravée et éditée par Jan Sadeler I à Anvers en 1585. Comme le précise son frontispice, on y voit comment chaque planète, incarnée par sa divinité antique éponyme, exerce son influence sur les provinces, les régions et les cités qu’elle gouverne. Les représentations font la part belle à de vastes paysages mis en valeur par le format horizontal, d’ordinaire assez rare pour les gravures d’enfants des planètes.
L’association entre régions et planètes est une première dans les arts graphiques. Il se pourrait que Maarten de Vos ait été inspiré par Corneille Agrippa, qui consacre un chapitre entier de son De occulta philosophia (1531-1533) à la répartition des provinces et royaumes entre les différentes planètes.
Ici, Saturne est représenté trônant sur un char tiré par deux dragons, entouré du Capricorne et du Verseau, signes zodiacaux qui accueillent le domicile de la planète. Un paysage montagneux ponctué de quelques villes s’étend aux abords d’une mer calme sur laquelle voguent des bateaux. La légende en latin nous renseigne sur les régions illustrées : la Grèce, la Bulgarie, la Macédoine ou encore les Indes. Au premier plan à gauche, des mineurs au travail font référence au plomb, métal associé à Saturne. Un roi tient audience sous une tente. Le côté droit de la composition nous donne à voir une scène de sorcellerie, un motif rare dans l’iconographie des enfants des planètes. Dans une grotte, un mage à la longue barbe blanche désigne de sa baguette un grimoire ouvert, sur les pages duquel se détachent un polygone et une étoile à cinq branches. À ses côtés, deux sorcières s’affairent autour d’un chaudron. À l’extérieur de la grotte, trois autres femmes, les bras levés vers le ciel, convoquent le nuage noir sur lequel se tient Saturne. La tempête qu’elles engendrent détruit les champs aux alentours. Il est intéressant de noter que la gravure fut éditée à une époque où, dans les Pays-Bas méridionaux, les mesures de répression se durcissaient à l’encontre des sorcières. Lors des procès qui se multipliaient, la mise en péril des récoltes constituait un motif d’accusation récurrent.
La série gravée par Jan Sadeler s’inspire d’une autre sur le même thème, gravée par Crispin de Passe I, elle aussi d’après des dessins de Maarten de Vos, et sans doute publiée quelques années plus tôt (Hollstein XLIV, n°1373-1379). Elle constitue l’un des derniers exemples d’une longue tradition iconographique, remontant au tout début du XVe siècle. Le thème des enfants des planètes s’essouffle en effet en cette fin de XVIe siècle.
La page de titre de la série de Sadeler porte une dédicace adressée à Alexandre Farnèse, gouverneur général des Pays-Bas, et une illustration montrant un navire de guerre aux armes des Farnèse, ainsi qu’un Jupiter couronné tenant de la main droite les armoiries du roi Philippe II. Il y est précisé que la série fut gravée en août 1585 à Anvers, une date qui n’a rien d’anodin, puisqu’elle correspond à la reprise de la ville par les troupes espagnoles. Aussi faut-il l’accueillir avec prudence : elle pourrait avoir été choisie a posteriori pour coïncider avec l’évènement. La série marquerait ainsi une prise de position politique visant à attirer les faveurs du nouveau souverain catholique envers la maison d’édition de la famille Sadeler, et peut être également envers l’inventor de la composition, Maarten de Vos. À cette époque, ce dernier renonce d’ailleurs à ses sympathies luthériennes afin de pouvoir demeurer à Anvers. Le sujet des dieux-planètes exerçant leur empire sur les différentes régions du monde constituerait dans ce contexte un hommage bien calculé à la dynastie des Habsbourg.
Le Musée Wittert possède toutes les épreuves de la suite, toutes en bon état de conservation et dans des tirages de belle qualité. L’ensemble comprend, en plus du frontispice, les sept gravures dans l’ordre traditionnel des dieux-planètes : Jupiter, Vénus, le Soleil, la Lune, Saturne, Mars, et enfin Mercure. Chacune des épreuves porte un filigrane bien visible, composé d’une couronne à diadème agrémentée de trèfles et de perles, surmontée d’une croix latine, elle-même coiffée d’un trait étoilé. Le motif, proche de Briquet n°4969, constitue un modèle de filigrane fort répandu dans l’Empire au cours du XVIe siècle.

Émilie Aventin
Assistante attachée au Wittert Project
Cette présentation a été réalisée dans le cadre du Wittert Project Wittert Project.
- Boon, K. G. (éd.), Hollstein’s Dutch and Flemish Etchings, Engravings and Woodcuts ca. 1450-1700, vol. XXI, Aegidius Sadeler to Raphaël Sadeler II, Amsterdam, 1980, p. 169, n°521.
- De Hoop Scheffer, D. (éd.), Hollstein’s Dutch and Flemish Etchings, Engravings and Woodcuts 1450-1700, vol. XLIV, Maarten de Vos, Rotterdam, 1996, p. 275, n°1384.
- Veldman, I. M., "De macht van de planeten over het mensdom in prenten naar Maarten de Vos", Bulletin van het Rijksmuseum, vol. XXXI, n°1, 1983, p. 21-53.
- Vervoort, R., "Vrouwen op den besem en derghelijck ghesproock". Pieter Bruegel en de traditie van hekserijvoorstellingen in de Nederlanden tussen 1450 en 1700, Nimègue, 2011, p. 167-172.
- Vervoort, R. (dir.), Bruegel’s Witches: Witchcraft Images in the Low Countries between 1450 and 1700, catalogue d’exposition, Utrecht, Museum Catharijneconvent et Bruges, Sint-Janshospitaal, 2015-2016, p. 126-129.
- Liesen, M., L'iconographie des Sept Planètes à la Renaissance. Étude approfondie de trois suites de gravures issues du Fonds Wittert de l'Université de Liège, Mémoire de master en Histoire de l’art et archéologie, Université de Liège, 2025, p. 71-74.
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