Histoire de Kentucke, nouvelle colonie a l'ouest de la Virginie: contenant, 1°. La découverte, l'acquisition, l'établissement, la description topographique, l'histoire naturelle, &c. du territoire: 2°. La relation historique du colonel Boon, un des premiers colons, sur les guerres contre les naturels: 3°. L'assemblée des Piankashaws au poste Saint Vincent: 4°. Un exposé succinct des nations indiennes qui habitent dans les limites des treize États-Unis, de leurs mœurs & coutumes, & des réflexions sur leur origine; & autres pièces: avec une carte. Ouvrage pour servir de suite aux Lettres d'un cultivateur américain. Traduit de l'anglois, de M. John Filson; par M. Parraud, de l'Académie des arcades de Rome.
Détails
| Uniform title : | The discovery, settlement and present state of Kentucke |
| Authors, creators, collaborators: | Filson, John (1747?-1788) (authors) Boone, Daniel (1734-1820) (authors) André graveur de cartes (17..-18..) (authors) Parraud, I.-P. (17..-18..?) (translators) |
| Producers, publishers: | [Paris] : A Paris, chez Buisson, libraire, hôtel de Mesgrigny, rue des Poitevins, n°. 13. M. DCC. LXXXV. Avec approbation et permission |
| Place of creation of the original object: | Paris (France) |
| First publication of the original object: | 1785 18th century Modern times (1492-1789) |
| Original object location: | Réseau des Bibliothèques |
| Réseau des Bibliothèques: | Identifier: 9924087870302321 Barcode/Inventory no.: ALMA401523 Call number: XXIII.156.003 [16°] |
| Original object language: | French |
| Material, support of the original object: | Papier 8° |
| Physical description of the represented object: | 4 pages non numérotées, xvi, 234 pages, 1 carte dépliante ; 20 cm |
| Description: | Avec des "Additions" (p. 146-231) ne figurant pas dans le texte original. Sans les "distance tables" du texte original.
Approbation du 20 août 1785. Permission du 11 octobre 1785. "Carte de Kentucke, d'après les observations actuelles..." gravé sur cuivre par André. |
| Keyword: | Kentucky (Etats-Unis) |
| Other contributors: | Buisson, François [imprimeur ] (1753-1814) (printers-booksellers) |
| Part of: | Public domain |
| Permalink: | https://hdl.handle.net/2268.1/15239 |
Scientific presentation
Le capitaine John Smith, connu pour avoir fondé Jamestown et pour son lien avec l’histoire de Pocahontas, évoquait déjà les richesses naturelles du territoire qui deviendra la Virginie dans son ouvrage A Description of New England, publié en 1616. Cette publication constitue un des premiers exemples de ce que l’on appellera plus tard la littérature promotionnelle américaine, un courant étroitement lié à l’histoire de la colonisation. Celui-ci se développe progressivement et demeure populaire jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle. Malgré la diversité de ses formes, cette littérature repose sur des codes récurrents visant à attirer colons et investisseurs européens dans le "Nouveau Monde". Elle met notamment en avant l’abondance et la fertilité des terres, les opportunités économiques, des descriptions idéalisées des paysages et du climat, ainsi qu’une promesse de prospérité.
L’Histoire de Kentucke (1785), publié intialement en anglais en 1784, s’inscrit pleinement dans cette tradition telle qu’elle s’articule à la fin du XVIIIᵉ siècle. Son auteur, John Filson, est un spéculateur foncier ayant investi dans la région. Il espère pouvoir y attirer colons et spéculation et rédige L’Histoire de Kentucke avec cet objectif à peine voilé, même s’il s’en défend dans sa préface en affirmant que « ce n’est point par des vues d’intérêt » qu’il s’est « décidé à publier cet Ouvrage » (p. xiv).
Le texte mobilise en effet de nombreux procédés caractéristiques de la littérature promotionnelle. Dès sa préface, Filson encense le territoire en déclarant que l’objectif de son livre est "de faire connoître au Public l’heureuse température, & la fertilité de cette région favorisée du Ciel" (p. xiv). La première partie de l’ouvrage fonctionne comme un véritable guide pour colons. Elle fournit des indications pratiques pour devenir propriétaire au sein d’une "des plus belles contrées de l'Amérique septentrionale, & peut-être du monde entier" (p. 1). Elle propose également des descriptions idéalisées de la faune et de la flore, accompagnées de données sur le possible rendement agricole d’un territoire qualifié de "très riche" (p. 24). Plus loin dans sa description topographique, l’auteur déclare encore que "chaque cultivateur peut avoir un bon jardin ou un pré, sans arrosage ou engrais, dans l’endroit qui lui convient le plus" (p. 25). À ces arguments économiques et naturels s’ajoute une représentation rassurante de la société locale, où les habitants sont décrits comme généralement "polis, humains, hospitaliers, & forts complaisants" (p. 31).
La traduction française de l’ouvrage renforce cette dimension promotionnelle. Sur la page de titre, le traducteur indique que le texte peut "servir de suite aux Lettres d’un cultivateur américain" de St. John de Crèvecoeur, œuvre destinée à faire découvrir la vie dans les colonies américaines au public européen, dont la traduction française est publiée en 1784. L’édition française de l’ouvrage de Filson inclut également la traduction de documents officiels, notamment une déclaration et une ordonnance du Congrès concernant "l’érection de nouveaux Etats, & la manière dont il doit être disposé des terres à l’ouest des États-Unis" (p. ix). Ces ajouts visent à informer un lectorat cultivé, mais peuvent aussi encourager l’émigration en donnant un cadre institutionnel et une impression de contrôle du processus de colonisation.
L’ouvrage de Filson dépasse cependant le cadre de la simple littérature promotionnelle. Il participe également à la construction d’un imaginaire de l’Ouest et de la Frontière, notamment par l’introduction d’un héros typiquement américain. La seconde partie de l’ouvrage de Filson est consacrée au récit des aventures de Daniel Boone, un véritable frontiersman qui a guidé des pionniers dans leur installation au Kentucky. Dans cette narration, Boone incarne l’homme de la Frontière par excellence, capable d’évoluer dans cet environnement instable et parfois hostile. Lors d’un de ses voyages, il est capturé par des Amérindiens. Toutefois, Filson ne présente pas cet épisode comme une mise à l’épreuve de la foi de son personnage, contrairement à d’autres récits de captivité. Au contraire, le récit dépeint Boone comme s’acclimatant au mode de vie des Indiens et à la nature sauvage qui les entoure. C’est cette héroïsation comme "indien blanc" de Boone qui en fait sa spécificité ; il devient une figure hybride qui rappelle l’idéal de l’homme naturel chez Rousseau mais avec une spécificité typiquement américaine en cela que sa transformation ne se substitue pas à sa mission civilisatrice de colonisation.
L’importance de l’ouvrage de Filson tient en grande partie à cette biographie romancée de Daniel Boone, qui marque la naissance d’un mythe durable. À partir de ce récit, de nombreuses adaptations, mises en scène et réécritures verront le jour au cours du XIXᵉ siècle et au-delà. Elles contribueront à forger ce que l’on appelle aujourd’hui la tradition des Boone narratives.

Christophe Dony
Responsable scientifique
- Guillaud, L. B., "Daniel Boone et Natty Bumppo, héros-éclaireurs du destin manifeste du peuple américain", in E-CRINI, la revue électronique du Centre de Recherches sur les Identités Nationales et l’Interculturailité, 1 (2008).
- Lofaro, M. A., "The Many Lives of Daniel Boone", in The Register of the Kentucky Historical Society, 102.4 (2004), p. 488‑511.
- Schramm, K., "Promotion Literature", in The Oxford Handbook of Early American Literature, édité par K. Hayes, Oxford, Oxford University Press, 2008.
- Slotkin, R. , Regeneration through Violence: The Mythology of the American Frontier, 1600-1860, Middletown, Wesleyan University Press, 1975.
- Trân, J., "La construction littéraire du Kentucky de John Filson à Gilbert Imlay (1784-1793)" , XVII-XVIII. Revue de la Société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, 80 (2023).
- Trân-Manicki, J., "Daniel Boone et la construction de l’Ouest américain : un siècle de représentations (1784-1893)" , in L’Ouest et les Amériques : Entre arts et réalités, édité par Marie-Christine Michaud et Éliane Elmaleh. Des Amériques. Presses universitaires de Rennes, 2016.
- Turner, Fr. J., The Frontier in American History, New York, Henry Holt & Company, 1920.
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