Scène mythologique avec Héro et Léandre
Détails
| Other title: | Paysage avec Héro et Léandre |
| Engravers: | Cock, Hieronymus (1510?-1570) |
| After the work of drawer: | Cock, Matthijs (1509-1548) |
| Producers, publishers: | Hieronymus Cock, maison d'édition "Aux quatre vents" |
| Place of production/school: | Anvers |
| Collectors'marks: | Verso, en bas au centre : L. 3799 |
| State: | État unique |
| Production date: | 1558 (?) 16th century |
| Original object location: | Musée Wittert |
| Collection: | Wittert Project |
| Technique: | Eau-forte |
| Square line dimensions: | 226 x 304 mm |
| Watermark: | Illisible |
| Annotations present on the proof: | Recto, en bas à droite : "Leandri et Eri Amores. Cock fe" |
| Conditions: | Bon état |
| Figured Subjects: | Héro et Léandre; Mythologie |
| Musée Wittert: | Barcode/Inventory no.: Inv. 11364 |
| Original object is part of: | Série des Adumbrationes ou série des paysages avec scènes bibliques et mythologiques |
| Part of: | Public domain |
| Permalink: | https://hdl.handle.net/2268.1/14994 |
Scientific presentation
Cette gravure appartient à la suite des Paysages avec scènes bibliques et mythologiques (aussi appelée Adumbrationes), qui compte douze eaux-fortes exécutées par Hieronymus Cock (1510?-1570), davantage connu pour son rôle d’éditeur d’estampes à la tête de la prestigieuse officine anversoise des Quatre vents que pour sa propre production artistique. Ces gravures montrent des vues panoramiques émaillées de petites scènes narratives. Elles témoignent de l’intérêt croissant que suscitait l’art du paysage à Anvers au XVIe siècle. La présence d’un frontispice et le témoignage de l’historiographe Karel Van Mander (1604, fol. 232r) confirment qu’il s’agit bien d’un ensemble conçu comme tel. Le frontispice indique qu’il était destiné à l’usage des peintres et des amateurs d’art (Bakker, Hoyle, 2007-2008). Il porte, comme quatre planches de la suite, le millésime de 1558. Cette date est retenue pour l’ensemble, même si rien ne permet d’écarter une datation légèrement antérieure pour les autres gravures, non datées.
Selon Van Mander, les gravures s’inspirent d’œuvres de Matthijs Cock, peintre paysagiste et frère ainé de Hieronymus, décédé dix ans plus tôt. Trois dessins de Matthijs, correspondant peu ou prou à des gravures de la série, nous sont parvenus et étayent cette affirmation. Hieronymus n’en grava toutefois pas des copies serviles. La mention a Hieronymo Cock delineatae du frontispice suggère qu’il réalisa, d’après les œuvres de son frère, des dessins intermédiaires (aujourd’hui perdus), qui servirent de modèles aux gravures (D’Haene 2012).
L’histoire tragique de Héro et Léandre figurée ici appartient à la mythologie antique. Elle est connue par diverses sources littéraires, dont celle du grammairien Musée (465-528 ?). Léandre, citoyen d’Abydos, avait séduit la belle Héro, prêtresse de Vénus vouée à la chasteté, qui vivait isolée dans une tour en bord de mer à Sestos. Bien que leur amour fût interdit et qu’entre Abydos et Sestos s’étendît l’Hellespont (l’actuel détroit des Dardanelles, entre la mer Egée et la mer de Marmara), rien n’entravait la fougue des jeunes amants : chaque nuit, Léandre traversait le bras de mer à la nage, guidé par la lumière d’une torche brandie par Héro. Un soir de mer tempétueuse, les vents éteignirent la torche. Léandre, perdu, implora le secours des dieux, en vain : il finit par se noyer. Héro découvrit le corps échoué de son amant et, de désespoir, se jeta du sommet de sa tour.
Ce récit jouissait d’une grande faveur à la Renaissance. Cock fut peut-être le premier artiste à le représenter au nord des Alpes. Il s’écarta des conventions iconographiques italiennes en se focalisant sur la fin tragique du mythe, qu’il traita sous la forme d’une narration simultanée de quatre épisodes reliant le coin inférieur gauche à l’extrémité droite médiane de la feuille : Léandre ôtant ses habits, affrontant la tempête, invoquant les dieux sur un rocher, et s’échouant finalement sur le rivage, où Héro découvre son corps. Cet agencement connut une certaine faveur chez les artistes flamands. On le retrouve dans une gravure de Goltzius en 1580 (New Hollstein Dutch & Flemish, Goltzius, part. I, p. 253), ainsi que dans une gravure anonyme d’après un modèle de David Vinckboons (Hollstein Dutch & Flemish, XXXVII, p.14).
Mais une gravure de Philips Galle datée de 1569 (Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-1904.1424) sème le doute quant à la paternité de la formule iconographique utilisée par Cock : très proche de la version de ce dernier, elle mentionne un modèle (malheureusement perdu) de Maarten Van Heemskerck, qui gravitait autour de l’officine anversoise de Hieronymus Cock. Les deux hommes se connaissaient et s’influençaient mutuellement. La gravure de Cock est toutefois antérieure d’une décennie à celle de Galle, ce qui constitue un indice de primauté.
C’est un dessin de Mathijs Cock représentant un paysage avec saint Christophe (Amsterdam, Rijksmuseum, RP-T-2014-61) qui servit de modèle à Hieronymus. Le choix de partir de cette composition pour figurer Héro et Léandre peut s’expliquer par le fait que ces deux thèmes iconographiques impliquaient la traversée d’une étroite étendue d’eau et la présence d’un protagoniste tenant une torche (dans le cas de saint Christophe, un ermite posté sur la rive. L’ermite est absent du dessin de Matthijs, mais cela s’explique par le fait que la feuille a été découpée. Le rocher le plus élevé est amputé de son sommet et la signature, en bas à droite, est tronquée. L’ermite à la torche devait figurer sur la partie lacunaire, à l’emplacement de la tour de Héro.

Julien Muraille
Doctorant (ASP FNRS), service d’Histoire de l’art des Temps modernes
Cette présentation a été réalisée dans le cadre du Wittert Project.
- Bakker B., Hoyle M., "Pictores, Adeste! Hieronymus Cock Recommending His Print Series", Simiolus: Netherlands Quarterly for the History of Art, vol. 33, n°. 1/2 (2007/2008), pp. 53-66.
- D’Haene V., "‘Landscapes in the New Italian or Antique Way’: The Drawn Œuvre of Matthijs Cock Reconsidered", Master Drawings, autumn 2012, vol. 50/3, South Nederlandish & Flemish Drawings, part I, pp. 295-328.
- Riggs T., Hieronymus Cock (1510-1570), Printmaker and publisher in Antwerp at the sign of the four winds, Ann Arbor, Yale University, Michigan, 1972, pp. 183-185.
- Van Grieken J., Luijten G., Van der stock J., (éd.), Hieronymus Cock. La gravure à la Renaissance, Fonds Mercator, Bruxelles, Louvain, 2013.
- Van Mander K., Het Schilder-Boeck, Passchier van Wesbusch, Haarlem, 1604.
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